Ces irréductibles boîtes à chaussures

Vous les avez déjà vues, sans nécessairement les remarquer. Vous connaissez peut-être des gens vivant entre leurs murs étroits. On les surnomme les shoebox houses -parfois aussi les hobbit houses-, dû à leur petitesse charmante, et on les retrouve saupoudrées le long de nos rues résidentielles.

En majorité, ces boîtes rectangulaires ont été bâties entre 1910 et 1920 pour –et par- des familles ouvrières n’ayant pas les moyens nécessaires à la construction de duplex ou triplex. On raconte même que dans leur structure, on retrouverait du matériel ayant été volé dans la cour des grandes entreprises du Montréal d’antan, telles les Shops Angus.

Lorsqu’on les construisait nous-mêmes, le coût estimé de ces modestes demeures était d’environ 1000$! Et le processus était rapide.

Ces centenaires sont parmi les premières maisons urbaines à être apparues dans le paysage de Villeray. À l’époque, le cœur de Montréal, sale et surpeuplé, symbolisait les épidémies, l’insalubrité et la pollution engendrée par l’industrie lourde.

Afin de résoudre ces problèmes, et pour offrir une propriété aux milliers d’arrivants des premières grandes vagues d’immigration, les dirigeants de la ville se sont mis à lancer de nouvelles lignes de tramways à l’assaut des plaines agricoles du centre de l’île. C’est ainsi que sont apparus les faubourgs ouvriers de Villeray, Rosemont, Hochelaga, Maisonneuve, Verdun, du Plateau, bref, tous ces quartiers que nous connaissons et chérissons aujourd’hui.

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C’est le tramway qui a donc précédé le développement urbain et conduit au lotissement des terres agricoles. Puis, les premières maisons se sont mises à apparaître çà et là.

À l’origine, la plupart des maisons shoebox possédaient un bel espace pour jardiner à l’arrière ou à l’avant de la demeure. Plusieurs étaient entourées de clôtures de bois.

Elles affichaient parfois un travail de maçonnerie remarquable en façade, sur la corniche.

Vous trouvez peut-être qu’elles ressemblent à des semi-duplex ? Effectivement, leur structure permettait l’ajout éventuel d’un étage.

Pour plusieurs d’entre elles, on ne retrouvait pas de voisins immédiats de part et d’autres de leurs murs. C’est un peu plus tard que sont venus se blottir les duplex et triplex voisins, créant ainsi un effet miniaturisant, mais aussi un problème de structure: c’est qu’en creusant les fondations de ces édifices le long des murs des shoebox, la structure de ces dernières a travaillé et le plancher de certaines d’entre elles a courbé.

Aujourd’hui, ces petites maisons toutes simples se retrouvent au cœur d’un enjeu aussi présent à Villeray que dans tous les quartiers de Montréal: la conservation du patrimoine.

Euh…les maisons shoebox, du patrimoine ? La question se pose. Elles sont rares, mignonnes, mais toutes n’ont pas nécessairement été construites avec goût, avec style. Chacune a sa personnalité. Certaines sont carrément sans intérêt.

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C’est la flambée des prix de l’immobilier des dernières années qui pose une menace à leur avenir et les amènent dans le débat local sur la sauvegarde du patrimoine bâti.

Un ami à moi est d’ailleurs propriétaire d’une telle demeure dans Villeray et affirme se faire harceler constamment par des promoteurs et agents immobiliers.

Villeray se retrouve effectivement au cœur de la problématique. En 2007, trois maisons voisines, dont deux shoebox, furent démolies sur la rue de Gaspé afin de permettre à un promoteur la construction d’un immeuble de trois étages dénombrant 12 condos. Cet événement a soulevé les passions et mené à la conscientisation de plusieurs quant au sort de ces coquettes demeures.

Il y a un questionnement quant au gaspillage et à la destruction de maisons solides et encore habitées.

Et en plus de la valeur architecturale de quelques-unes d’entre elles, les shoebox représentent un véritable symbole montréalais, un témoin de l’urbanisation rapide et de l’immigration du début du siècle dernier.

D’un autre côté, certains considèrent que ces maisons ne sont plus appropriées à la vie d’aujourd’hui. On les considère comme des anomalies dans notre paysage urbain.

Il y a dans le discours actuel un intérêt croissant pour la densification des quartiers urbains, le tout pour lutter contre l’étalement urbain et le départ des familles hors de l’île.

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Dans ce contexte, il peut être difficile de concevoir la sauvegarde de petites maisons unifamiliales plutôt que de promouvoir la construction de plex ou d’immeubles à multiples condos.

Malgré la pression par les promoteurs et pour la densification, certains arrondissements se sont mis à refuser de répondre favorablement aux demandes de permis de démolition de certaines shoebox dignes d’intérêt. La protection est dans l’air, mais on y va au cas par cas.

Pour les jeunes familles que l’on tente désespérément de garder à Montréal et dans Villeray, l’espace de vie offert par ces maisons peut sembler exigu, mais on peut profiter de belles cours. Et il est toujours possible d’aménager quelques pièces au sous-sol.

Chose certaine, les années passent et ces petites centenaires se font de plus en plus rares.

Les irréductibles shoebox sauront-elles résister au temps et à l’appétit des promoteurs ?

Références :

AUDET, Isabelle, La Presse, 19 novembre 2014,

DEWOLF, Christopher, Spacing Montreal, 23 mars 2009, 

dominicjennifer

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3 réflexions sur “Ces irréductibles boîtes à chaussures

  1. Liette Dubreuil dit :

    J’avais une shoebox construite en 1910 dans le quartier Villeray ( rue Berri entre Guizot et Jarry) que j’ai vendu en 2007 et elle fut démolie en aout 2016. Beaucoup d’argent a été investit pour la redorer par quelques acheteurs mais vu que c’était peine perdu finalement.

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  2. Paul Rioux dit :

    Arrêtons de divaguer. Ces maisons doivent être détruite… rien d’intéressant dans cela… une boite qui gaspille l’espace. aucune valeur architectural, perte d’espace, préservation inutile même dans un musée…

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