À la bibliothèque, tous!

-Je ne peux pas oublier, ni pardonner. Ma mère m’a surprotégé. Mon père était absent. Je vivrai avec ça toute ma vie. Je serai malheureux, point. Je ne veux pas changer. Jamais. Ma vie c’est de la merde. Je navigue. Je voyage sans vraiment découvrir. Je ne vaux rien. J’en veux aux garçons, je ne leur fais pas confiance. Ils gâchent ma vie. Je veux être seul pour toujours. Je ne suis pas capable de complimenter ni de m’investir réellement dans quoi que ce soit. Je suis gêné et j’ai beaucoup de violence en moi. J’ai même plus besoin de boire parce que mon cerveau est déjà bien étourdi. Ah oui, je juge tout le monde. Pour ça que je ne peux pas faire ce que la Sainte-Cécile m’a dit.

 

Ludovic ne bronche pas. Il se vide le cœur devant Florence qui, elle, est en mode panique.

 

-Ludo, bon Dieu, qu’est-ce que tu as fait? Il est inconscient. J’appelle le 9-1-1 tout de suite.

-Non, ne fais pas ça Florence, je t’en supplie. Je ferai tout ce que tu voudras, mais pas ça.

-Ce n’est pas à propos de toi ni de moi espèce de fou, il faut sauver monsieur Tarrous.

-Comment ça tu le connais?

-C’est mon nouveau prof de piano, le malade.

-Ah oui? Heu, je pense qu’il sera correct, je l’ai assommé, c’était plus fort que moi.

-Tu as besoin d’aide Ludo, sérieux.

 

Florence vient pour prendre son cellulaire, mais Ludovic l’agrippe et le lance par terre.

 

-Ok, Ludo tu veux jouer à ça? Y’a une seule chose que tu peux faire pour pas que je te dénonce.

-Ah oui? Quoi?

-Fais ce que Sainte-Cécile t’a dit.

-Arrête avec ça. Non.

-Oui, sinon je te dénonce. Je me fous de ton agressivité, de ton grand-père ou arrière-whatever.

-Je ne sais pas comment faire.

-C’est pas si difficile.

-Tu en sais quoi, toi?

-Moi, je veux t’aider Ludo. Mais là c’est trop, je suis épuisée. De toute façon, je crois que tu es foncièrement méchant. Je vais au poste de police te dénoncer. Bonne vie.

-Ok, ok mais j’ai peur.

-Je sais, mais tout le monde a peur. J’ai retenu un truc: tu dois donner de la valeur à ce que tu es et après donner de la valeur à ce que tu fais.

What? Je ne comprends rien. Je n’ai aucune valeur. J’aime mieux continuer à juger les autres, rester dans ma bulle négative et m’entourer de gens misérables.

-C’est trop facile, Ludo. Allez.

-Aide-moi svp.

-J’ai une idée, on s’en va à la bibliothèque Le Prévost, pas loin d’ici. On ramasse David en bas et on t’accompagne là-bas. J’ai un exercice pour toi.

-Ah man.

-T’as pas le choix.

-On fait quoi avec monsieur Tarrous alors?

-J’sais pas. David appellera l’urgence et dira qu’il est tombé, dit Florence en se penchant pour prendre le pouls de monsieur Tarrous.

-Au moins il est vivant…

 

La jeune femme dévale les marches alors que Ludovic la suit lentement derrière en prenant soin de remettre l’extincteur à sa place. Il referme la porte d’entrée en se demandant pourquoi Florence fait tout ça.

 

-Salut David, ça va?

-Hey Florence, pas pire et toi?

-Oui, on pense qu’il est arrivé quelque chose à monsieur Tarrous, il ne répond pas et on l’entend gémir. Peux-tu appeler le 9-1-1?

-Hein, ah ouin? Ok je fais ça!

 

Ludovic arrive en bas quelques minutes plus tard.

 

– Ok les services d’urgences arrivent bientôt.

– Allez les boys on s’en va à bibliothèque lance Florence

– Faut pas attendre les ambulanciers? dit Ludovic, surpris du comportement de la jeune femme.

-Non ils seront corrects, de toute façon, faut défoncer la porte.

 

David se souvient alors que Ludovic était monté chez monsieur Tarrous un peu plus tôt.

 

-Donc ça répondait pas en haut?

-Non, je suis resté une quinzaine de minutes puis Florence est arrivée.

-T’aurais pu redescendre en bas non?

– Bah, euh, je ne sais pas.

-Ok, on s’en va à la biblio. Elle va fermer bientôt! crie Florence.

-Pourquoi on va là anyway?

-Ludovic veut écrire.

-Haha, lui, écrire? Il veut jamais!

-Là, y’aura pas le choix.

 

Les trois se mettent en marchent pour la bibliothèque. Rendus à un coin de rue plus bas, ils aperçoivent l’ambulance. Ludovic frissonne. Il commence à se faire tard et la bibliothèque fermera dans 30 minutes. Arrivés sur les lieux, la bibliothécaire les salue sans vraiment regarder les trois comparses.

Ils s’assoient tous autour d’une petite table. Florence se met à écrire toute sorte de mots sur une feuille de papier pendant que David et Ludovic la regardent. Lorsqu’elle a terminé, elle demande à David de l’aider à découper les mots. Ensuite, ils prennent la poubelle, retirent le sac de plastique et mettent les bouts de papier à l’intérieur pendant que Ludovic est perdu dans ses pensées.

 

-Allez pige deux mots, s’exclame Florence.

-Pourquoi?

-Ce sera ton inspiration. Tu débuteras ton premier poème avec ça. Tu dois lui donner de la valeur aussi, n’oublie pas.

-Poème? Non, jamais!

-Ludo…Allez!

 

Ludovic s’exécute et pige deux morceaux de papier sans regarder.

 

-Bon, c’est quoi les deux mots? dit David qui commence à être excité. Ludovic déroule alors les deux petits morceaux.

 

-Qu’est-ce que c’est que ça?

-Quoi, quoi, qu’est-ce que tu as pigé?

-C’est quoi Ludo, bon Dieu?

 

Ludovic se racle la gorge.

 

-Le premier dit Lumineuse et sur le deuxième c’est écrit Tragédie.

 

Crédit photo couverture : Sabrina Jobin-Cossette.

jonathan_dv jennifer

 

 

 

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