Une banlieue dans Villeray?

 

Avant que plusieurs des grands ponts ne soient construits pour permettre à la population de sortir de l’île et se lancer à l’assaut des rives nord et sud, les premières banlieues ont été aménagées à l’intérieur même de la ville de Montréal, et ce, dès le lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Et Villeray fait partie des quartiers où ces banlieues-laboratoires ont été construites.

On parle ici du secteur à l’est du parc Villeray, entre les rues Tillemont et Jarry. Si vous y êtes déjà passé, vous saurez qu’il s’agit là du petit quartier composé de ce que l’on surnomme les « maisons des vétérans ». Ce sont plus d’une soixantaine de telles demeures qui sont sorties de terre en 1951 sur les rues Chambord, Lanaudière, Rousselot et Garnier.

À la base, ces maisons individuelles étaient presque toutes semblables. Sobres, solides, sur un format souvent carré, en retrait de la rue, on retrouvait aussi un toit à deux versants –parallèle à la rue- et un étage parfois mansardé. À l’avant, un porche couvert en milieu de façade. Dans le cas de Villeray, aucune ruelle ne fut aménagée à l’arrière, laissant ainsi un grand espace pour des cours gazonnées.

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Avec le temps, pour briser la monotonie de ces quartiers et pour exprimer leurs goûts et leur individualité, les propriétaires ont tantôt recouvert la maison de revêtements variés, tantôt éliminé la cheminée afin de récupérer de l’espace intérieur, tantôt construit un deuxième étage.

Il est intéressant de se plonger dans le contexte historique afin de comprendre ce qui a mené à la construction de tels quartiers, que l’on retrouve également dans Rosemont, Saint-Laurent, Maisonneuve et dans le Sud-Ouest.

Entre la Crise des années 1930 et la Deuxième Guerre mondiale, très peu d’investissements ont été faits dans la construction de maisons au Canada et aux États-Unis. Si bien qu’en 1945, on évaluait les besoins à environ 750,000 demeures au Canada!

Aussi, à cette période, la population a commencé à afficher un certain désamour (voire une haine) de la ville. On la voyait sale et surpeuplée, on la considérait dangereuse et immorale. Ce que l’on recherchait maintenant, c’était un confort individuel, un espace privé et une certaine homogénéité sociale.

De plus, on assistait au retour de milliers de vétérans et à la formation d’un important nombre de nouveaux ménages. C’était le début du Baby Boom et des Trente Glorieuses.

Afin d’éviter une grande crise du logement, plusieurs outils ont été mis en place par les gouvernements pour favoriser la construction rapide et massive de demeures, mais aussi faciliter l’accès à la propriété. On a amélioré l’accès au crédit, étalé la durée des prêts sur de plus longues périodes, diminué les pourcentages de mises de fonds initiales, mis sur pied des assurances pour les prêts hypothécaires, etc.

Du côté technique, on a imité le fordisme et construit massivement des éléments de maisons préfabriqués en usine. D’où les quelques modèles de maisons simplifiés et reproduits. À titre d’exemple, à cette époque, même Sears a vendu des dizaines de milliers de maisons en « kit »!

Au Canada, c’est une société de la couronne, la Wartime Housing Limited, qui fut fondée en 1941 afin d’encadrer la construction massive de nouvelles demeures. On visait d’abord les vétérans, qui commençaient à revenir, mais aussi les travailleurs d’usines qui s’entassaient dans les quartiers centraux.

Comme on cherchait à aller vite, les premières vagues de maisons furent construites très rapidement et ainsi, n’étaient pas aussi solides. On ne creusait même pas de fondations –trop chères- et on y allait directement sur une dalle de béton. On juxtaposait souvent la cuisine et la salle de bains car on voulait sauver sur la tuyauterie. Et, les matériaux choisis n’étaient pas d’une aussi bonne qualité.

On en a construit des milliers comme ça.

En 1946, la toute nouvelle Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) prend la relève et développe des partenariats avec de grands entrepreneurs. C’est une nouvelle génération de maisons des vétérans qui sera construite, plus solides et assises sur des fondations en béton.

Ce sont les quartiers de type Wartime, point de départ de l’expansion des banlieues pavillonnaires, que l’on retrouve aux quatre coins du pays mais aussi un peu partout sur l’île de Montréal. Dont Villeray. On compterait entre 30,000 et 50,000 maisons de cette deuxième génération à l’échelle du pays.

Dans notre quartier, après la guerre, il y avait de grands terrains disponibles à l’est de Christophe Colomb et au nord de Villeray. C’est le secteur de la Villeray Quarry Co. Ltd, une ancienne carrière de calcaire abandonnée et dont on s’est par la suite servie comme site d’enfouissement. Par-dessus le site d’enfouissement, le parc Villeray a été aménagé, alors que les maisons des vétérans ont été construites le long de nouvelles rues juste à l’est.

Avec les années qui passèrent, et tel que mentionné précédemment, plusieurs modifications ont été apportées aux maisons. Bon nombre de familles ont notamment opté pour un agrandissement vers l’arrière, ce qui laissait tout de même une superficie appréciable pour une belle cour gazonnée. On pouvait également ajouter un étage.

Au milieu des années 1990, la Commission Jacques-Viger sur l’architecture et l’urbanisme, lancé par le Service d’urbanisme de la Ville de Montréal, a travaillé sur la question de la reconnaissance de la valeur patrimoniale des ensembles et bâtiments. Divers degrés de reconnaissance ont été établis. Dans notre arrondissement, l’ensemble des maisons de vétérans décrit dans le présent article a été reconnu comme « patrimoine intéressant », au même niveau que la Casa Italia ou le Centre Jean-Marie Gauvreau (site de la prochaine maison de la culture).

Crédit photo : Dominic Ménard-Bilodeau

dominic jennifer

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Une réflexion sur “Une banlieue dans Villeray?

  1. Nathalie dit :

    Quelle belle surprise de lire votre article ! J’habite une de ces maisons, « la maison avec la balançoire dans l’érable », coin Garnier et Tillemont. Cette maison est un grand élan du coeur pour moi. Merci pour cet article !

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