DV Homo Sapien

Homo Sapiens

Ludovic rêve qu’il est un zombie. Il ne parle plus, ne récite plus de poèmes, ne regarde plus les autres. Il sait qu’il a perdu et que David a raison. Sa vie s’est construite sur son passé. Un passé qu’il ne contrôle même pas. Des gestes commis par des gens sur lesquels il n’avait aucun pouvoir. Ludovic s’est fait avoir. Il a tout fait pour devenir un être sérieux et solide, mais il ne voyait pas la barrière qu’il érigeait avec les autres. En fait, par peur d’être blessé, il met une distance entre lui et les autres. Et il s’est mis à vivre dans sa tête et à réciter des poèmes à voix haute pour impressionner les autres.

Lorsqu’il se lève de son lit, la liste reste collée sur son torse nu. En la décollant, le jeune homme a l’idée de se la faire tatouer pour qu’elle reste à tout jamais avec lui. Toutefois, il y renonce rapidement, la douleur et la longueur d’un tel travail le dissuade. Ensuite, il a l’idée d’en faire des milliers de copies et d’aller les distribuer aux habitants de Villeray. Il pourrait même créer son entreprise avec de nouvelles excuses chaque semaine. Et des primes aux abonnés.

Ludovic va dans la cuisine et se prend un verre d’eau. Par la suite, il se dirige vers le salon et s’assoit sur le vieux divan. Il fixe la bibliothèque et se rend compte qu’il y a un vieux livre tout en bas qu’il n’a jamais lu. Perplexe, il s’approche, le prend dans ses mains et lit le titre: Les homo sapiens. Il commence à lire: Avant la complète domination de l’homo sapiens, d’autres espèces d’humains partageait la même planète que lui. Il fige et a de la difficulté à avaler la gorgée d’eau. Il n’avait jamais su cela. Puis il baisse les yeux de nouveau et continue: L’homo sapiens prend de l’expansion grâce aux langages, aux commérages, aux inventions et aussi par sa croyance en la fiction.

Ludovic se met à crier dans le salon seul comme un fou: “Je fais partie de vous homo sapiens aussi!! Je vous déteste, mais je fais partie de vous.”

Puis, il dévore le livre de 400 pages en 4 heures sans s’arrêter mis à part à la partie où il apprend que l’homo sapiens s’est fait prendre au piège, sans le savoir, en devenant l’esclave du blé qu’il a lui-même réussit à domestiqué au cours de la révolution agricole au 12e siècle avant Jésus-Christ.

Depuis ce temps, il est moins libre. Il doit répondre à des attentes fictives comme amasser du blé ou, aujourd’hui, de l’argent en surplus. Lui qui, auparavant était nomade et composait avec les éléments naturels au jour le jour, se voit contraint de se sédentariser. Dorénavant, l’homo sapiens demeure constamment stressé. Le futur prend désormais une grande place dans sa vie et il a peur de manquer de surplus. Et si la récolte n’est pas bonne cette année? Et si je perds mon boulot cette année? Qu’est-ce que je vais devenir? Ces questions deviennent le moteur de sa vie.

 

Au moment où il termine la lecture de l’ouvrage, Ludovic rit et pleure en même temps. “Je peux être moi-même! Je peux être domestiqué aussi!” s’exclame-t-il les yeux pleins de larmes.

 

C’est alors qu’il s’installe devant la table du salon et pense simplement à Florence. Il commence à écrire.

Lumineuse tragédie

Florence, mon amie

Qui m’écoute depuis

Que je suis tout petit

 

Lumineuse poésie

Tes yeux, tes sourcils

En t’attendant, je suis ici

Vient avant la tragédie

 

“C’est bon, c’est bon. Et c’est vrai, du moins, je crois. Mmm. Oui, c’est vrai! Ça chatouille dans mon ventre. On dirait qu’il va imploser. Mon premier poème! Enfin!”

 

Pourvu de son poème, Ludovic s’habille et se dirige vers l’appartement de Florence sur la rue Casgrain. En arrivant au seuil de la porte, le jeune homme entend des gens s’engueuler et croit reconnaître la voix de Florence. Il hésite puisqu’elle sonne plus rauque qu’à l’habitude. Il se dirige alors vers la cour arrière et entre les barreaux de la clôture, il aperçoit Florence, complètement défoncée, assis sur une chaise pliante criant des injures à son copain.

jonathan_dv jennifer

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s