Des Chinois, des Inuits et une saga

Il existe en plein de cœur de Villeray un grand édifice vide ayant été au cœur d’une bataille plutôt fâcheuse il y a quelques années. On l’appelle l’ancien hôpital chinois.

Un hôpital chinois dans Villeray? Mais pourquoi?

Les premières vagues d’immigration chinoise commencèrent à la fin des années 1800 à Montréal, avec la fin de la construction des grands chemins de fer nationaux.

Entre les années 1920 et 1960, un hôpital desservait cette communauté sur la rue de la Gauchetière, au centre-ville. Fermé par la Ville en 1962 pour des raisons d’insalubrité, cet établissement vétuste fut abandonné et la communauté chinoise amassa près d’un million de dollars afin de trouver un nouvel emplacement.

C’est beaucoup plus au nord, rue Saint-Denis, dans Villeray, qu’un site fut trouvé.

Un hôpital de 65 lits pour la communauté chinoise fut donc construit en 1965 et se joignit au réseau public dès l’année suivante, en 1966 (les coûts d’opération relevant dès lors du gouvernement).

Rapidement, le département d’obstétrique fut cependant fermé et l’hôpital devint ni plus ni moins qu’un centre de soins de longue durée pour la communauté chinoise.

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En 1979, on ajouta un centre d’accueil de 44 lits, dont la construction se termina en 1982.

Ce n’est que QUATRE années plus tard que la décision fut prise de finalement fermer le grand hôpital chinois dans Villeray et en bâtir un nouveau sur la rue Viger, dans le quartier chinois.

Cet hôpital, encore utilisé aujourd’hui, fut inauguré en 1999 et offre 128 lits.

Qu’en est-il du bâtiment laissé vacant dans Villeray au tournant du millénaire?

Ce n’est qu’en 2010 que l’Agence de la santé et des services sociaux proposèrent d’y aménager un centre d’hébergement pour la communauté inuit. L’idée était d’y concentrer les patients Inuits éparpillés dans sept centres d’hébergement un peu partout en ville.

La suite des choses ne serait guère reluisante. Des citoyens opposés au projet ont livré une bataille en basant leur opposition sur des préjugés, distribuant des tracts et mettant l’emphase sur les dangers potentiels de voir des Inuits déambuler dans les rues de Villeray. Même la mairesse d’arrondissement, Anie Samson, a déclaré que « (…) l’arrivée des Inuits apporterait nécessairement son lot d’incivilités »[1].

Un groupe citoyen de Villeray se forma pour contrer ce racisme et défendre l’idée de ce centre de soins pour Inuits.

Devant la situation et l’absence d’acceptabilité sociale, le ministère de la Santé et des services sociaux a tout de même décidé de renoncer au projet dans Villeray. Laissant l’immeuble toujours en vente, mais vacant.

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Un nouvel espoir est apparu en 2014 avec le projet Quatre Coins. Moins controversé et plus ancré dans les réalités du quartier, on voulait répondre à des besoins familiaux, culturels et sociaux et offrant des locaux à des organismes citoyens, une halte-garderie d’Espace-Famille Villeray, des bureaux pour travailleurs autonomes, des logements sociaux ainsi qu’une salle de répétition pour la compagnie de théâtre acrobatique Dynamo. Les organismes et citoyens derrière le projet demandaient au gouvernement la suspension de la vente du bâtiment et de favoriser la concrétisation de Quatre Coins.

Des délais jugés difficiles à respecter pour la constitution du dossier et du montage financier, des frais importants et un manque de volonté de la part des différents gouvernements ont mené à l’échec de ce projet.

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Le contrat ira maintenant au plus offrant. L’immeuble est toujours vacant.

Et avec plus de 4000 mètres carrés de superficie disponibles, on aurait aujourd’hui besoin d’une mise à niveau de près de 10 millions de dollars.

Or, on apprend récemment que non seulement l’immeuble est vide et se détériore depuis de longues années, que des projets citoyens sont refusés, mais en plus il en coûte 80,000$ annuellement au Ministère de la Santé pour entretenir minimalement les lieux. *Il serait d’ailleurs bienvenu que l’on songe à fermer les lumières, qui sont ouvertes en permanence depuis on ne sait combien d’années dans certaines pièces…

À quoi peut-on rêver pour cet édifice? Les possibilités sont infinies. Et les besoins aussi, il me semble. Un centre d’hébergement pour personnes âgées? Des logements sociaux? Un incubateur à jeunes entreprises high-tech? Des studios d’artistes? Des bureaux d’organismes? Un studio de tournage? Un complexe multifonctionnel?

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Dans un quartier dense et dynamique comme le nôtre -et à une époque où on nous parle de rigueur budgétaire-, il serait grand temps de trouver une vocation à ce grand édifice qui se détériore lentement mais sûrement au cœur de Villeray.

 

Crédit photo : Dominic Ménard-Bilodeau

[1] BARLOW, Julie, l’Actualité, 1er avril 2017, volume 42, numéro 4, p.37

dominic jennifer

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