Pour moi, Villeray

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Photo par : Dominic Ménard-Bilodeau

À l’âge tendre de 22 ans, ayant complété mon bac, j’ai quitté ma ville natale de Québec et entamé une longue migration qui me mena à la fin de ma vingtaine.

Contrats au Royaume-Uni et à Toronto, périples ici et là, j’ai transporté mes pénates aisément d’une destination à une autre.

Fuyais-je quelque chose, quelqu’un? Étais-je à la recherche d’un idéal, d’un endroit où je pourrais me trouver, m’épanouir?

Qui sait.

Au tournant de la trentaine, vers 2007, une remise en question. On m’offre un poste permanent dans ma ville natale de Québec. L’optique de passer le reste de ma vie dans la Vieille Capitale…

Je sondai mon âme afin d’y trouver réponse. La maison, MA maison, c’est où?

En ressassant mes souvenirs, je m’arrêtai à l’été ’95. Dans un Québec pré-référendaire, entre une toune de Coolio et un vidéoclip de TLC, je me magasinais un bac. Géographie à Laval, enseignement de l’anglais à Ottawa, enseignement du français langue seconde à l’UQAM? Croyant que la dernière option l’emporterait, je m’étais lancé à la recherche d’un appart dans cette métropole que je connaissais finalement mal.

Ma cousine habitait Villeray, coin Gounod/Casgrain. J’y passai à plusieurs reprises au cours de l’été, épluchant les petites annonces et arpentant les rues à la recherche de pancartes « à louer ». Mes visites dans St-Michel, Ahuntsic et Rosemont m’ayant peu inspiré –l’été caniculaire n’étant que peu généreux avec les 1½ de dernier étage que j’eus le privilège de découvrir-, je passai mes meilleurs moments dans le voisinage de ma cousine.

Ballades dans le parc Jarry, blé d’inde frais au Marché Jean-Talon, bouffe latino-américaine le midi et vietnamienne le soir… ce quartier me parlait.

Ma vie m’a finalement menée vers la géographie à l’Université Laval, mais Villeray, je ne t’oubliais pas.

Retour à 2007, donc. Job permanente à Québec?

Fuck it, je me lançai plutôt dans le projet d’identifier l’endroit dans le monde qui deviendrait ma maison et me permettrait d’y cultiver une certaine sédentarité.

Retour à Toronto? Retour au Royaume-Uni? Départ à l’aveugle pour Vancouver, San Francisco, l’Europe continentale?

La réponse fut d’autant plus précise qu’en plus de choisir une ville, je m’arrêtai sur un quadrilatère bien précis : pour moi, la maison, ce serait entre Jarry, Jean-Talon, St-Laurent et Papineau. Le quartier où je visitais ma cousine au-delà d’une décennie plus tôt.

Entre une toune de Karkwa et un show d’Arcade Fire, je me magasinais maintenant une maison. En compagnie de mon chum et d’un couple d’amis, on cherchait un duplex dans ZE quadrilatère. On s’était mis à quatre parce que tsé, un duplex dans Villeray, c’est pas doux sur le porte-feuille d’un jeune trentenaire avec pas d’job.

Les astres se sont alignés.

Un emploi m’est tombé dessus, un duplex nous a fait de l’œil et à partir du moment où nos couches de peinture ont commencé à sécher, Villeray a entamé sa transformation en un quartier jeune et branché où on ne manquerait plus jamais de cafés, boulangeries et autres commerces de proximité.

Alors Villeray, pour moi, c’est ça. La maison. J’aurais pu jeter mon dévolu sur à peu près n’importe quel endroit dans le monde, mais c’est Villeray qui a volé mon cœur.

Pour ses ruelles en été.

Pour ses murales.

Pour ses parcs, ses places publiques et ses terrasses.

Pour ses organismes et son engagement citoyen.

Pour ses innombrables commerces de quartier.

Pour ces familles, ces générations, ces groupes culturels qui se côtoient.

Pour les Sud-Asiatiques qui jouent au criquet dans le parc Jarry.

Pour les Italiens qui font pousser des plants de tomates débiles dans leur cour arrière.

Pour les Portugais qui se font des barbecues qui sentent le ciel.

Pour le souvenir des casseroles au coin de Jarry et St-Denis en 2012.

Pour les films que l’on diffuse en plein air dans le parc devant chez-nous.

Pour les aménagements coquets devant une foule de résidences.

Pour la dinde sauvage, le raton laveur et la moufette que j’ai croisés dans le quartier.

Pour la face de mes amis de l’extérieur quand ils croisent une vedette sur un trottoir des environs.

Pour la vie que je suis en train de m’y bâtir avec ma p’tite famille et mes amis.

Villeray, je t’aime.

Signature_Dominic  Signature_Jennifer

 

 

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