Villeray, une histoire liée à la surdité

L’Institut

Les clercs de Saint-Viateur sont arrivés à Montréal au milieu du XIXe siècle avec comme vocation d’éduquer les jeunes Montréalais. Ils sont rapidement devenus d’importants propriétaires terriens, notamment dans Outremont -pensons à la rue Saint-Viateur- et Villeray.

C’est en 1921 que les Clercs de Saint-Viateur ont vu se terminer les travaux de l’un des bâtiments emblématiques de Villeray, soit leur Institut des sourds-muets. Le grand édifice Beaux-Arts de la rue Saint-Laurent, au sud du parc Jarry, fut construit sur quelques années en utilisant la pierre grise issue d’une carrière tout juste à l’arrière du bâtiment.

Au cours des quelques décennies suivantes, l’impressionnante façade grise a cependant caché une bien triste réalité : des enfants sourds et muets confiés aux Clercs de Saint-Viateur y ont subi de la violence psychologique et physique, mais aussi des abus sexuels. Les victimes, qui décrivent un passé de véritables esclaves sexuels, parlent de gestes allant d’attouchements à la sodomie, en passant par les fellations forcées.

Ces faits terribles ont été étalés plus tard dans les quotidiens lors d’un recours collectif et sont aujourd’hui bien connus.

Suite à la fermeture de l’établissement, sa vocation sociale fut maintenue pour un certain temps. Dès les années 1980, on utilisa ses nombreux locaux pour y accueillir près d’une quarantaine d’organismes citoyens du quartier. C’était le Centre 7400.

En 2009, les Clercs de Saint-Viateur, toujours propriétaires, décident de vendre l’édifice.

Le groupe immobilier Thibault Messier Savard -dont fait partie l’ancien joueur de hockey Serge Savard- a manifesté son intérêt dès que la mise en vente a été signalée à un courtier. Leur objectif était de reconvertir les lieux en immeuble résidentiel, donc d’en changer la vocation. La vente conclue, les organismes ont dû se démener pour se trouver de nouveaux locaux abordables dans le secteur (ce que s’apprêtent d’ailleurs à connaître à nouveau les organismes occupant le Centre communautaire Lajeunesse).

Deux années se sont tout de même écoulées avant la concrétisation du projet, histoire d’obtenir toutes les autorisations nécessaires (dont un changement de zonage).

La Phase I du projet « Le Castelnau », impliquant le bâtiment patrimonial, offrit près d’une centaine de condos. Sur le toit, on imagina l’aménagement d’une terrasse avec plan d’eau. Quant aux unités d’habitation, les promoteurs innovèrent avec le concept d’iCondos, soit des logis où différentes tâches pourraient être accomplies à l’aide d’un appareil iPhone ou iPad. Grâce à un supplément, les propriétaires pourraient ainsi contrôler les rideaux, lumières et quelques appareils électroniques grâce à leur quincaillerie Apple.

 

Le projet impliquait également la construction de trois nouvelles phases à l’arrière du bâtiment principal. On s’engagea à ne pas dépasser la hauteur de ce dernier et se limitant à des édifices de 6 étages. Aussi, on promit de favoriser l’arrivée de familles en offrant des unités mieux adaptées aux besoins de ces dernières. Finalement, les promoteurs s’engagèrent à réserver environ 15% de leurs unités à des logements abordables.

La Phase II ouvrit en 2014, la III en 2015 et la IV a une date de livraison prévue pour cet automne. À terme, ce seront plus de 300 unités d’habitations qui seront offertes dans l’ancienne propriété des Clercs.

 

Les espaces de stationnements ont été enfouis sous terre afin de maximiser les espaces verts en surface, ce qui attira les louanges de l’arrondissement et de l’Office de consultation publique de Montréal.

Le projet « Le Castelnau » a cependant aussi essuyé des critiques, provenant entre autres des organismes sociocommunautaires ayant dû déménager, de citoyens insistant pour que la vocation sociale de l’édifice soit maintenue, ou encore de locataires du quartier insistant sur le fait que Villeray a plus besoin de logements abordables que de nouveaux condos.

La Maison des Sourds

En 2001, le Centre de la communauté sourde de Montréal métropolitain (CCSMM) ouvre la Maison des Sourds, un édifice de deux étages au coin Crémazie / de Gaspé leur permettant de disposer de leurs propres bureaux et locaux.

Quelques années plus tard, il devient manifeste que les véritables besoins de cette communauté ne sont pas de disposer de locaux, mais plutôt de logements. Les sourds et malentendants, apparemment victimes d’injustices assez fréquentes de la part de propriétaires d’immeubles, demandent des logements sociaux.

D’abord un projet d’une vingtaine d’appartements, c’est un projet d’une soixantaine de logements qui sera finalement adopté en 2006 sur Crémazie est, à l’angle de Bordeaux. On remarque souvent cet édifice en conduisant sur l’autoroute métropolitaine. Les travaux débutèrent en 2009 et se terminèrent deux ans plus tard.

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Crédit photo : APCHQ (consulté le 3 juillet 2017)

Malgré tout, les besoins restent grands aujourd’hui encore. Vu la longueur de la liste d’attente, le rêve est d’éventuellement offrir une quarantaine de logements de plus.

Encore plus

À noter qu’il existe également un Centre des loisirs des sourds de Montréal sur Drolet, au nord de Jarry. On y offre des activités telles des jeux de société, bingo, poker, sorties, etc.

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