Anti-guide du nouveau superhéros

J’ai le souvenir d’une journée où j’étais au parc Jarry… Je me trouvais près du petit lac, sur la petite île, en train de lire un petit livre. L’air était bon. La vie était belle en ce temps-là…

Bref, ce jour-là, je vis un oiseau. Je vois souvent des oiseaux bleus, ça n’a rien de spécial… Des oiseaux rouges non plus. Mais celui-là était bleu avec le dessous des ailes rouges. Lorsqu’il volait ou qu’il bougeait vite, on aurait dit qu’il était mauve.

Je me souviens m’être dit que j’aurais été un oiseau pourri, parce que je n’ai aucun sens de l’orientation, que j’ai le vertige et que ma coordination a reçu une note de « place à l’amélioration » dans son bulletin.

Anti-guide..._CAMILLE_1

C’était avant l’évènement.

***

Je ne me rendais pas compte du tragique de la situation. Je croyais mourir, mais c’est tout, je ne voyais pas plus loin.

J’étais barista dans un café sur Liège. J’avais nettoyé les tables, compté l’argent, barré la porte.
Je marchais vers de Gaspé, ma rue, quand tout a commencé… Une douleur énorme, à vous couper le souffle, à vous couper tout court, m’avait assailli. De l’électricité escaladant ma colonne jusqu’à mes épaules. Puis…
Tomber. Sans pouvoir respirer.
Essayer de crier. Être seul. Paniquer.
Reprendre son souffle.
Rentrer à la maison.
Appeler le 911, c’était la seule solution.
J’allais chercher mon téléphone quand je passai devant le miroir. Je voulais voir.
J’avais d’énormes bosses sur les omoplates. Du sang sur le chandail.
Je l’enlevai, pour regarder… Je vis l’atrocité.

Ma peau qui se déchire, quelque chose qui me sort des omoplates et moi qui tombe. Black-out.

***

Quand je me réveillai, je me sentais faible… C’est comme si je venais de naître.
Je me sentais fripé, trempé.

J’étais seul dans mon entrée. Couché par terre comme un mouchoir abandonné.

Je voulus observer les dégâts. Mon dos frémissait. Je regardai par-dessus mon épaule… J’aurais vomi, tellement c’était dégoûtant.

Il y avait du sang, des os, des ailes. J’avais des ailes dans le dos.

***

Elles étaient faibles.

Me rendre jusqu’à la salle de bain fut un défi de taille. Mais littéralement de taille… Mes ailes étaient si grandes et si lourdes, paresseuses, sans musculature encore, que j’eus toutes les difficultés du monde à les prendre (ce n’est pas très flexible des os) et à me traîner jusqu’à mon bain.

Je les nettoyai. Elles étaient sensibles à tous les changements de température et au moindre frôlement. Leur membrane était légèrement translucide. Flattez-vous le bras doucement et imaginez cette sensation cinq fois plus intense. Voilà, c’était ça.

Une fois propre et séché, j’essayai d’ouvrir mes ailes. Vous savez, au gym, lorsqu’on découvre de nouveaux muscles (qui, en réalité, ont toujours un peu travaillé) ?… Mes ailes n’avaient jamais travaillé…

Quand je voulus sortir de ma minuscule salle de bain, elles finirent par faire tomber au moins cinq bouteilles et la tringle de rideau de douche.

Elles se mirent à trainer plus bas tandis que j’essayais de nettoyer mon simililiquide amniotique par terre, dans le salon.

Pendant tout ce temps-là, je n’avais pas réfléchi, j’étais trop… Juste trop, pour faire quoi que ce soit d’autre que le nécessaire.

Lorsque je m’assis enfin (ou du moins, essayai de le faire), la réalité me frappa… Qu’allais-je faire de ses ailes en plein milieu de la ville ? Comment les cacher ? Et surtout, allai-je devenir le plus pathétique des superhéros ?

Camille_Signature_2 Signature_Mariève

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