Anti-guide du nouveau super-héros – Partie 3

Je volais tranquillement. Floush, floush, floush (c’est le son de mes ailes). Quand tout à coup… Je remarquai une fille qui m’observait. Alexis alla la voir avec ses gros bras et elle se retrouva chez moi.

***

Pour l’instant, elle est en un morceau, encore toute souriante, mais je ne sais vraiment pas de quoi Alexis est capable. Avec sa boite à outils et ses cannes de petits pois.

Sur mon divan, notre captive boit du thé sans parler et elle me regarde de temps en temps, brièvement. Moi je la fixe, longtemps. Je me mange les doigts.
Elle a dans la mi-vingtaine, les cheveux courts châtains, un petit nez fin, une jupe à pois, une petite chemise blanche… En dessous, je vois les petites dentelles de son soutien-gorge.
Je regarde ailleurs. Pour ne pas avoir l’air du pervers qui papillonne de fleur en fleur.
Elle rit.
Est-ce que j’ai dit ça à voix haute ? Je suis encore dans le doute, alors que j’écris ces lignes.

***

Alexis est enfin revenu avec du papier et des crayons… Comme si l’heure était au bricolage!

La demoiselle et l’autre ont commencé à s’écrire des petits mots. Très sérieux au début, puis ils se sont mis à rigoler. Ça a duré au moins une heure. Une heure de petits sourires en coin et de regards furtifs dans ma direction. Une heure de tension.

Ma chambre est libre, vous n’avez qu’à changer les draps après…

Jamais j’aurais cru que tu manquais autant de… de gentleman, man, qu’il me répond. Notre invitée s’appelle Clémence. Elle est sourde. Elle nous a vus. Elle ne va rien dire. Elle veut nous aider.

Ah… Et comment une fille comme elle peut-elle nous aider ?

Clémence n’avait pas entendu. Elle avait lu sur mes lèvres. C’était suffisant pour la blesser. Quel con j’ai été. Elle s’est levée pour partir, Alexis a griffonné à la vitesse de la lumière. Elle a lu le papier.

***

Alexis a un plan. Clémence travaille à la bibliothèque du Patro. Elle a donc accès à une panoplie d’informations. Ils se sont mis dans la tête de trouver d’où viennent mes excroissances et comment je pourrais m’en servir. Ils ont voulu éplucher les BD dans le fond, les documentaires sur la faune ailée, les livres sur les curiosités et les prophéties, les albums et les romans jeunesse au deuxième étage… Mon appartement était plein de livres. Pendant une semaine, un mois, je ne sais plus, ils n’ont fait que lire. Chaque soir, une nouvelle théorie, chaque soir, de possibles ennuis. Et eux, ils s’écrivaient des petits mots, tout le temps. Et moi, j’étais encombrant.

Je passais ainsi mes nuits à m’entrainer. J’ai voulu aller survoler le centre Claude-Robillard, mais il fallait traverser le métropolitain, alors j’ai rebroussé chemin.
Un soir, pour changer, je suis allé au parc Villeray. J’ai survolé le terrain. Puis j’ai eu faim. C’était un soir couvert de fin d’été et le jardin communautaire était peu éclairé. À 2 h du matin, il n’y a pas grand monde sur Christophe-Colomb, alors j’ai volé au-dessus des réverbères et j’ai piqué jusqu’aux plants de tomates cerises.

J’étais en train de voler des tomates… C’était magiquement délicieux. Elles étaient belles sous la lumière jaune du réverbère. Je n’étais même pas nerveux, juste étonnamment vivant.
Et si je volais toutes les tomates ? Toutes les salades ? Tous les jardins communautaires de Montréal ?
Et si je devenais un super-vilain des légumes ?

J’y ai pensé, vraiment, sincèrement.

Et une voiture de police est sortie du stationnement du IGA pour remonter la grande artère. Ils ont fait sonner les sirènes. J’ai pris panique. Je me suis envolé, ils se sont arrêtés quelques secondes un peu plus loin. J’ai tellement eu peur que je suis parti.

***

Je suis arrivé à la maison, j’ai débarré à toute vitesse, prêt à faire mes bagages et à partir loin, le plus loin possible. Je me voyais me cacher dans les égouts, puis plonger dans le fleuve pour éviter les balles qui venaient des hélicoptères à ma poursuite.

***

J’ai attendu.
Mais rien n’est venu.

***

Quand je suis arrivé dans mon salon, la première chose que j’ai remarquée, c’est Clémence, sur mon divan. Elle dormait.

Sur la table basse, sur quelques vieux livres bibliques, il y avait une lettre.

Alexis a un plan. Encore.

‘’Il y a de la pizza de chez Majella dans le frigo.
Pis des pitounes glacées des Givrés dans le congélo.
Je pars pour un mois. J’ai trouvé la solution.
Ne fais pas de connerie.
Prends soin de Clém. Sinon, j’te casse les dents.’’

Sur cette douce conclusion, j’ai remonté la couverture sur les épaules de Clémence. Ça faisait un moment qu’on ne s’était pas vus, comme nos horaires sont opposés. Ses cheveux, maintenant, sont roux. Sûrement sa couleur naturelle. Et sur son visage, il y a des taches de rousseur que je n’avais jamais remarquées.

Je lui ai baisé le front, j’ai fermé la lumière et je me suis endormi sur le plancher.

***

J’avais l’aile prise sous quelque chose quand je me suis réveillé. Alexis est un traitre, je le savais. On vient me chercher pour me mettre en cage, me réduire en esclavage.

Clém a pris mon aile comme oreiller…

J’ai essayé de lui en vouloir, mais j’ai vu sa bouche et j’ai failli tomber. Plus bas que le plancher.

Alors je me suis rendormi.

***

Ça me chatouillait sur le bout du nez quand je me suis réveillé.
Soleil, ô soleil qui m’éblouit…
Clémence me chatouille avec une de mes propres plumes.

Elle me fait un signe que je ne comprends pas.

Puis elle m’écrit :
‘’ Bonjour M. Le Hibou.’’
J’ai les genoux mous.

Camille_Signature_2 Signature_Alix

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