Mlles Gâteaux : pour le meilleur seulement

Forte de ses trois ans, notre cigale n’avait qu’une idée en tête : manger une collation délectable. Ses petites ailes avaient bien volé et son estomac criait famine. Pas question de piger dans la réserve de la fourmi, qui avait travaillé d’arrache-pied tout l’été. De toute manière, la bise ne vient jamais dans le quartier Villeray ; on peut trouver de quoi se nourrir en tout temps et chanter en même temps !

Notre cigale affamée, au coin des rues Drolet et Villeray, aperçut une vitrine alléchante. Elle huma un parfum délicat, porté par le vent estival, et reconnut aussitôt l’odeur d’un biscuit tout droit sorti du four. Enchantée, elle s’envola avec prudence pour se poser devant la façade de Mlles Gâteaux. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir une offre délicate et minutieusement présentée ! Personne ne la pria pour s’approcher, afin de voir plus clairement le biscuit tant désiré ! Elle découvrit des glaçages aux douces couleurs de l’arc-en-ciel, de petits desserts composés avec soin et même un choix de barbotines original.

Ne sachant que choisir, elle dut fermer les yeux et se laisser guider par son instinct et ses sens. Ses ailes s’animèrent et sa mélodie enveloppa la pièce. Mlles Gâteaux lui murmura à l’oreille quelques choix chocolatés, craquants ou moelleux, légèrement sucrés ou diablement généreux. Sa musique s’intensifia, le frottement de ses ailes suivant les battements de son cœur. Petite cigale était enivrée, éthérée.

La fourmi, curieuse d’entendre son amie chanter avec tant de passion, la rejoignit à petits pas délicats.

– « Que chantez-vous, mon amie ? », dit-elle.

– « Je chante le bonheur et la satisfaction », répondit la cigale, joyeuse.

– « Ce bonheur est trop simple à obtenir. Vous devriez le concocter vous-même », rétorqua la fourmi, sérieuse.

– « Pourquoi se casser la tête alors que de belles et bonnes choses sont là, à la portée de votre main, généreusement offertes et disponibles ? Sachez que Mlles Gâteaux possède le talent pour plaire à ma faim. Peut-être vous plaira-t-elle aussi ? », lança la cigale, fière de son argumentaire.

La fourmi, pensive, leva les yeux sur la vitrine. Elle se dit que sa réserve était maintenant bien remplie. Elle avait travaillé intensément pour pouvoir survivre aux mois les plus durs. Ne méritait-elle pas une récompense, après avoir si bien besogné ?

La cigale sortit sa bourse. Elle choisit le biscuit tant attendu et une barbotine citronnée. Elle offrit à la fourmi un délice chocolaté. Toutes deux ne se firent pas prier pour s’asseoir sur le banc juste en face et déguster leur bonheur éphémère.

– « Mon amie, vous aviez raison. Il ne me ressemble pas de choisir la voie de la facilité, mais cet après-midi, j’ai été convaincue. Chacun mérite un petit bonheur une fois de temps en temps », avoua timidement la fourmi.

– « Mon amie, je vous comprends. Je choisis souvent les petits bonheurs, car je sais que je les mérite. Ils me rendent heureuse. Quand je suis heureuse, je chante. Le soleil resplendit, la chaleur se diffuse dans les ruelles et les enfants rient. Mon bonheur est contagieux ! », clama notre cigale, le sourire au visage, une gorgée de barbotine à portée de lèvres et des miettes de biscuits collées aux ailes.

Signature_Catherine Signature_Mariève

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