Anti-Guide du nouveau super-héros

Bon. J’étais sur un balcon orné de ballounes à moitié dégonflées, j’avais un cadeau dans les mains et mon cœur battait plus vite qu’une marche militaire vers l’échafaud… Et si les parents des enfants ne m’aimaient pas ? Et s’ils se mettaient à vouloir toucher mes ailes, comme ça, sans raison, comme ceux qui jouent dans les afro sans crier gare ?

Je devais avoir un plan. Pas Alexis. Moi.

Mon plan me rappelait ceux de ma période prépubère, mais je n’en avais pas d’autre. Alors je sonnai. Je déposai le cadeau par terre et partis en courant me cacher.

Heureusement, ce sont les petits qui ouvrirent.

Psst! Psssssst!

J’essayai de leur faire comprendre que les adultes étaient… comment dire ? Bizarres. Ils ne devaient pas savoir que c’étaient de vraies ailes, sinon ils ne m’aimeraient pas. Les enfants adoraient faire semblant que c’était des fausses. Nous nous rendîmes donc dans la cour et tous les morveux se mirent autour de moi. Dans un caucus, je leur demandai de garder notre secret. Et ce fut le temps du gâteau et des courses et des jeux et de tout le reste.

***

Il ne restait presque plus personne lorsque je me mis à discuter avec les parents de Léon et Béatrice. Ils me félicitèrent pour mon costume. Je les félicitai pour leurs enfants bien élevés.

– Et comment tu les connais ? me demanda la mère.

– Je travaille près de l’école. Je fais la surveillance. Je règle les conflits. Ça marche très bien pour l’instant…

– Fantastique! Si seulement il y avait des gars comme toi mais pour les adultes! de répondre le père.

– Vous avez des problèmes avec vos voisins ?

– Ils habitent là, juste à côté. Ce sont des collègues. Je travaille à la Caisse sur St-Hubert et messieurs ne veulent pas accepter mon nouveau projet.

– Ça peut s’arranger, vous savez ?

– Qu’est-ce que vous voulez dire ?

– Sans mettre de l’huile sur le feu, on peut aller les voir, discuter…

– Discuter ne donne rien.

– Alors il faut agir!

– T’as sans doute raison…

Et il me servit une bière. Nous trinquâmes aux solutions. Puis nous nous mimes à discuter de l’actualité… Des amis, les parents de celui qui avait été brusque avec Léon la première fois que nous nous étions rencontrés, avaient été victimes d’un incendie. C’était celui que j’avais vu de loin quelques jours auparavant.

***

J’étais aussi imprégné d’alcool que les enfants l’étaient de sucre lorsque je rentrai chez moi.

Clémence m’attendait, toute sourire. Elle me tendit un petit mot : ‘’Je suis fière de toi. Tu deviens le héros dont nous avions besoin.’’ Puis elle m’embrassa.

Nous étions deux. Nous étions en feu. La nuit a été courte. Et je me la repasse en boucle.

***

Je revis les parents de Béatrice. Le père avait l’air défait.

– Ça va ?

– J’ai rediscuté avec mes collègues. Ils ont craché sur mon projet devant les cadres.

– C’est horrible. Je vais essayer de vous trouver une idée… Il faut toujours avoir un plan, même s’il surprend.

– Merci. Tu portes encore ton costume ?

– Euh… Oui. Je le porte toujours quand je vois des enfants… Ils aiment bien. Je… Je dois y aller.

***

Clém avait invité sa meilleure amie. Nous avions une boîte à lunch de chez Oui mais non et des tas de coussins dans mon salon. La demoiselle prit une bonne demi-heure à regarder mon plumage, mais ça allait.

***

Un autre incendie se déclara dans la nuit. Je ne m’aperçus de rien, je dormais.

***

Le lendemain, dans le journal, on disait qu’un employé de la Caisse avait perdu sa maison dans les flammes. Une enquête avait été ouverte. On estimait que les deux incendies étaient liés, qu’ils avaient peut-être été causés par quelqu’un.

***

– Tu as vu le surveillant aujourd’hui ?

– Quel surveillant ?

– Celui avec les ailes…

– Je ne savais pas que c’était un surveillant… Je pensais juste que c’était l’ami de tout le monde.

– C’est ton ami ?

– C’est sûr…. Il me fait très confiance.

– Confiance ?

– Pour garder ses secrets.

– Quels secrets ?

– Les adultes peuvent pas le savoir, son secret, sinon ils auraient peur de lui…

***

Clémence me réveilla ce matin-là avec une claque de journal à la figure. Tu te prends pas trop pour un héros, j’espère, qu’elle me signe. J’espère que tu vas aller parler à la police parce qu’elle a appelé pour te voir, pour t’interroger.

Quoi ?! Moi ? Non. Je n’irai pas au poste. Ce serait fou. Je ne peux pas!

Ses yeux m’ont tué. Il y avait de la crainte, de la frustration, du questionnement, du doute dedans. Et je ne savais plus quoi faire maintenant.

***

Qu’est-ce que j’ai fait ?

Qu’est-ce que je vais faire ?

Qu’est-ce qu’il me reste à faire ?

Anti-guide 5, image 1_CAMILLE

Camille_Signature_2 Signature_Alix

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