L’origine de nos noms de rues (Première partie)

Pour lire la première partie : https://bit.ly/2HO3SPu.

Il y a quelques semaines, on m’explique que le parc Jarry et la rue Jarry n’ont pas été nommés en l’honneur de la même personne. Whaaat? Mon monde s’est écroulé. J’ai voulu en savoir plus et me suis retrouvé sur le portail de la Ville de Montréal, où une chouette section sur la toponymie m’a tout expliqué.

La toponymie, c’est l’étude des noms de lieux. Elle cherche notamment à expliquer l’origine de ces noms.

Alors. Tu dors pu la nuit parce que tu ne sais pas qui est Henri-Julien?

Tu te demandes ce que Gounod a bien pu faire pour se retrouver –littéralement- sur la map?

Tu ne me crois pas qu’il y a une rue Saint-Élie?

Crains pas, j’ai pris une partie de mon après-midi pour répondre à tes questions brûlantes.

Ah, pis arrive-moi pas avec les rues Marquette ou St-Dominique, je ne me suis concentré que sur le district Villeray.

Et Villeray, ça va de Casgrain à Fabre, puis de Jean-Talon à Crémazie.

Pour le reste, j’suis pas mal sûr d’avoir pensé à toutes les rues. Même les rues d’Ailleboust et Juillet, toi!

Cet exercice m’a permis de réaliser quelques trucs.

Première constatation : y’a pas mal de rappels à la Première Guerre mondiale dans nos noms de rues.

Deuxième constatation : y’a une floppée de mini-rues dont j’ignorais l’existence, et ce, même si je promène abusivement bébé dans le quartier depuis un an.

Troisième constatation : y’a un dude qui s’est déjà appelé Troilus de Mesgouez. Pour vrai.

Sans plus tarder, voici la première de deux parties, celle où nous couvrirons les rues dont les noms vont des lettres « a » à « h ».

Il est à noter que toute l’information a été prise textuellement sur le portail de la Ville de Montréal, section toponymie.

Rue d’Ailleboust, 1911 :

Le militaire français Louis d’Ailleboust et d’Argenteuil (1612-1660) est venu en Nouvelle-France en 1643 rejoindre les Montréalistes. Dès son arrivée, il se charge de la consolidation de l’enceinte du fort et de la construction de quatre bastions. Durant l’un des voyages de Chomedey de Maisonneuve en France, il le remplace de 1645 à 1647. Ensuite, de 1648 à 1651, il devient le troisième gouverneur de la colonie. (…)

Avenue d’Anvers, 1914 :

En octobre 1914, la ville belge d’Anvers résiste au siège des Allemands et favorise ainsi le repli des troupes belges. Cette dénomination rend hommage au courage des Anversois.

Avenue des Belges, 1914 :

En souvenir de la résistance héroïque offerte aux armées allemandes par la nation belge en août 1914.

Rue Berri, 1876 :

Le tronçon le plus ancien de la rue Berri apparaît au début des années 1690 lorsque le Séminaire de Saint-Sulpice laisse un passage entre les emplacements concédés à Séraphin Lauzon, François Guillemot dit Lalande et Toussaint Hunault et un terrain alors réservé pour les Récollets. C’est une petite « ruelle d’environ 12 pieds qui conduit au fleuve » qui prendra plus tard le nom de rue Saint-Gilles. (…) À partir du 13 août 1818, cette ruelle prend le nom de rue Berry. Ce nom pourrait venir de Simon Després dit Le Berry. Engagé à La Flèche en 1653, il est tué par les Iroquois en 1663; il était propriétaire d’une terre bornée à l’ouest par un des segments de la rue. Au début du XIXe siècle, on nomme toujours cette terre « la Berry ». La rue Berri prend sa forme actuelle lorsque, en 1895, on exproprie des terrains pour la construction de la gare Viger. (…)

Rue Boyer, 1880 :

D’abord maçon, puis marchand, Louis Boyer (1795-1870) est un exemple type du mode d’ascension sociale des Canadiens français au XIXe siècle. Faisant fortune dans l’alimentation, il investit dans la propriété foncière et devient un des plus grands propriétaires de Montréal. Afin de faciliter la vente des lots à bâtir tracés sur ses terres, ses héritiers cèdent à la Ville plusieurs rues, dont celle-ci qui porte son nom.

Rue Casgrain, 1879 :

Marie-Justine Casgrain (1804-1882), veuve du médecin Charles Butler Maguire, épouse le 11 mai 1829 le docteur Pierre Beaubien. Grand propriétaire terrien, celui-ci cède à la municipalité de la ville Saint-Louis plusieurs voies qu’il nomme Maguire, de Gaspé, Beaubien, Casgrain, Lauretta et Alma, d’après les membres de sa famille. (…)

Rue Chambord, date inconnue :

Probablement en l’honneur de Henri V, nom donné au comte de Chambord (1820-1883). Bien qu’il n’ait jamais régné, il a des sympathisants au Canada.

Avenue Christophe-Colomb, 1897 :

Bien que plusieurs explorateurs aient visité les côtes de l’Amérique en différents points avant lui, on attribue généralement cette découverte au navigateur génois Christophe Colomb (1451-1506). Au nom d’Isabelle de Castille, à la tête des caravelles «Santa Maria», «Pinta» et «Niña», l’explorateur aborde aux Grandes Antilles en 1492. Cette découverte entraîne la signature du traité de Tordesillas (1494), partageant le Nouveau-Monde entre l’Espagne et le Portugal. (…)

Rue Crémazie, 1914 :

Âgé de vingt ans, Octave Crémazie (1827-1879) participe à la fondation de l’Institut canadien à Québec. Associé à son frère Joseph, il tient une librairie qui devient, dans les années 1860, le cœur d’une sorte d’école littéraire. Ces écrivains lancent les revues Les Soirées canadiennes et Le Foyer canadien, où paraissent les poèmes de Crémazie, dont le fameux Drapeau de Carillon qui, dès 1858, consacre Crémazie poète national.

Rue de Castelnau, 1914 :

Cette voie est ainsi appelée quelques mois après que le général de Curières de Castelnau ait défendu victorieusement le Grand-Couronné de Nancy pendant la Première Guerre mondiale.

Rue Châteaubriand, 1911 :

Cette dénomination remplace celle de rue Labelle, puis, de 1911 à 1924, identifie plusieurs tronçons sans nom. L’écrivain malouin François-René, vicomte de Chateaubriand (1768-1848), après un voyage en Amérique (1791) et un séjour en Angleterre (1792-1800), atteint la gloire avec son Génie du Christianisme. (…)

Rue De Gaspé, 1926 :

La famille de Gaspé compte plusieurs membres qui se sont illustrés dans différents domaines. Ignace-Philippe Aubert de Gaspé participe à la Guerre de Sept ans, alors que son fils Pierre-Ignace, conseiller législatif, s’illustre lors du siège de Québec en 1775. L’avocat et romancier Philippe Aubert de Gaspé (1786-1871), fils du précédent, rend hommage à ses ancêtres par la publication, en 1863, des «Anciens Canadiens». Par sa petite-fille, Suzanne Stuart qui épouse, en 1864, Louis Beaubien, les deux anciennes familles de Gaspé et Beaubien sont alliées.

Rue De la Roche, 1911 :

Troilus de Mesgouez, marquis de La Roche (1540-1606), 2e lieutenant du roi dans la Nouvelle-France (1598), part pour le nouveau monde avec 60 hommes, la plupart, des repris de justice. Craignant leur désertion, il les dépose dans l’île de Sable, à l’entrée du golfe Saint-Laurent, et ne peut aller les chercher que cinq ans plus tard. Douze seulement ont survécu.

Rue De Lanaudière, 1911 :

Charles-François Tarieu, sieur de Lanaudière (1710-1776), fils du sieur de la Pérade et de Madeleine de Verchères, est officier et conseiller législatif.

Rue De Normanville, 1911 :

Thomas Godefroy de Normanville (1610-1652), interprète français venu en Nouvelle-France en 1626, compagnon du Père Jacques Buteux. Il est fait prisonnier et tué par les Iroquois en 1652.

Rue Drolet, 1872 :

L’avocat montréalais Gustave-Adolphe Drolet (1844-1904), membre de l’Institut Canadien, est le premier à s’enrôler comme zouave pontifical en 1867. (…)

Rue Dufour, 1914 :

Déjà en 1914, on retrouve la toute petite rue Dufour perpendiculaire à la voie réservée à la Park & Island Railway pour le transport en commun. Encore aujourd’hui, cet axe est emprunté par le service de transport provincial et sur la rue Lajeunesse, au coin de la rue Dufour, se trouve une station d’autobus de ce réseau. Aucun document ne justifie cette dénomination.

Rue Everett, 1914 :

Une première section de la rue Everett existe déjà entre la rue Boyer et l’avenue de Lorimier lorsque le conseil municipal décide de fusionner sous une dénomination uniforme plusieurs tronçons de voies ouvertes à différents moments. Aucun document ne justifie cette dénomination. Il est intéressant de signaler que cet odonyme a déjà identifié une partie de l’actuelle rue De Castelnau.

Rue Fabre, 1899 :

Édouard-Charles Fabre (1827-1896), fils d’Édouard-Raymond Fabre, maire de Montréal de 1849 à 1851, évêque-coadjuteur (1873), remplace Mgr Bourget lorsque celui-ci, malade, démissionne le 16 mai 1876. Poursuivant sa tâche, il veille à l’établissement de l’Université Laval à Montréal, en 1878, puis, après le ralentissement causé par la crise économique de 1879-1884, il relance les travaux de construction de la cathédrale, qu’il inaugure en 1894. (…)

Rue Faillon, 1911 :

Professeur et historien, le sulpicien français Étienne-Michel Faillon (1799-1870) publie, en 1841, une biographie du fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, Jean-Jacques Olier. Trois voyages au Canada et un séjour de sept ans lui donnent l’occasion d’écrire les biographies de Marguerite Bourgeoys, Marguerite d’Youville, Jeanne Mance et Jeanne Le Ber ainsi qu’une Histoire de la colonie française en Canada (1865-1866).

Rue Ferland, 1914 :

Jean-Baptiste-Antoine Ferland (1805-1865), prêtre, historien, professeur et grand voyageur. L’abbé Ferland est l’auteur de plusieurs ouvrages dont le Cours d’histoire du Canada, qui renouvelle l’histoire de la Nouvelle-France à son époque.

Rue Foucher, 1927 :

Louis-Charles Foucher (1760-1829), né à la Rivière-des-Prairies, juge de la Cour du banc du Roi pour le district de Montréal de 1812 à 1829.

Rue Garnier, 1899 :

Charles Garnier (1606-1649), jésuite, missionnaire en Nouvelle-France tué par les Iroquois. Il est canonisé en 1930.

Rue Gounod, 1912 :

Charles Gounod (1818-1893), compositeur français auteur des opéras: Faust, Mireille, Roméo et Juliette, Philémon et Baucis, et de compositions religieuses.

Rue Guizot, 1912 :

François Guizot (1787-1874), homme d’État et historien français.

Rue Henri-Julien, 1911 :

Le peintre et illustrateur québécois Henri Julien (1852-1908) publie dès 1874, dans le Canadian Illustrated News, des scènes du Nord-Ouest canadien. En 1888, il est nommé directeur artistique au Montreal Star. Ses caricatures humoristiques et ses bandes dessinées sur l’actualité politique, et notamment sur Wilfrid Laurier, attirent l’attention du Canada entier. (…)

Crédit photo couverture : Romain Le Corre

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